La douce illusion du crowdfunding

La douce illusion du crowdfunding

Le crowdfunding, démarche  devenue habituelle pour les artistes indépendants a pour rôle de capitaliser une quantité suffisante d’argent  afin de réaliser un projet artistique.  Pour réussir votre campagne (pas électorale, mais presque), tous les experts en webmarketing et prêcheurs de l’évangile selon Saint Web 2.0 vous le diront: il faut optimiser la viralité de vos videos, créer le buzz développer ses trois cercles de financement,  courir aux likes et aux clics. J’ai déjà réussi un crowdfunding il y a 4 ans avec mon ami Guillemot pour notre duo d’albums Histoires d’écailles et de plumes. Résultat: une grande partie de nos contributeurs étaient la famille,  les amis, les des amis d’amis, et pour les plus étrangers les fans de la page facebook…  Certaines études le disent: 50% du crowdfunding vient du cercle proche (amis, famille)… autrement dit le cercle des convaincus qui auraient quand même acheté un album!

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Au départ, tout notre « plan com » était préparé dans ce sens.  Mais au moment de lancer la campagne publique cette semaine, je me suis dit: « non, tout ce truc, c’est pas moi, ça ne me ressemble pas« : j’ai pas envie d’aller « mendier » une dringuelle chez l’un puis chez l’autre. Ca me rappelle trop de mauvais souvenirs d’enfance, quand je devais solliciter les parents, tonton, tata,  grands-parents pour vendre mes 10 billets de tombola de la fancy-fair.  Et pire, celui qui en vendait le plus était récompensé.  C’est vrai qu’il n’est jamais trop tôt pour formater à la compétition. Pour le précédent album, avec Guillemot, je détestais aller solliciter les uns et les autres pour quelques dizaines d’euros.

Je m’apprêtais donc à vous harceler de mails, de message personnels sur facebook, de coup de tel, de SMS… vous demandant de financer le projet sur une plateforme de crowdfunding qui prendrait 10% de commission. « 10% de commission?!? » certains diront…  Ben oui, c’est normal, ces gens travaillent et fournissent un service, un site web…!

Encore faut-il qu’on ait besoin de ce service…  En débattant avec les musiciens, le manager, on a vite répondu à la question: étant donné que la majorité des contributeurs font partie du cercle des amis ou fans,  quelle en est l’utilité, mis à se convaincre soi-même, et un peu les autres, qu’on fait partie de cette famille d’artistes alternatifs & branchés qui a réussi le nouveau micro-rêve américain. Pipeau tout ça!

Autre point, celui de la communication: lorsqu’on défend un projet artistique et qu’on s’apprête à le sortir, la « fenêtre de communication » est très étroite. Cette fenêtre, c’est ce moment où l’on va communiquer avec les journalistes, les médias et les salles, festivals pour annoncer la sortie.  Cette fenêtre est de plus en plus courte: que ce soit un film ou un album, ça se joue sur 2, 3 semaines… et la messe est dite.  On peut pertinemment alors se demander si toutes les cartouches brûlées pour diffuser et communiquer sur le crowfunding, forcément en amont de la sortie d’album, n’hypothèquent pas les cartouches nécessaire au moment de la commercialisation! (pendant ces 2, 3 semaines)

Le seul intérêt du crowdfunding serait alors de réunir une petite somme pour produire l’oeuvre en question. Et c’est vrai, de l’argent on en a besoin! Mais j’y pense, avant on appelait ça une souscription, non?  Et quitte à harceler des gens, je préfère harceler les programmateurs radios et de salles. Eux, ils sont payés pour ça: aller voir des artistes en concert, écouter des disques, diffuser. Ils sont même payés avec nos impôts! C’est pas le job de l’internaute, encore moins celui de tes potes et ta famille qui te soutiennent déjà depuis 15 ans, sans la moindre défaillance!  De toute façon, eux, ils sont acquis à notre cause.

Donc, dans deux jours, je vous proposerai une autre manière de participer à cet album, sans argent, sans carte de crédit, sans paypal et tout ce brol… juste avec votre passion et votre talent