
Bonjour,
Cela faisait un bail que je ne vous avais plus écrit sur le processus créatif. Nous allons parler du sens de Chanson Vide
Il faut dire que ces six derniers mois ont été bien chargés : côté musique, avec la création de spectacles avec mes élèves des Ursulines et une petite tournée de huit dates, notamment à Namur et aux Sortilèges d’Ath ; côté personnel aussi, avec quelques remous dans l’enseignement et la maladie d’une proche. J’avais donc un peu la tête ailleurs.
Le gros de la vague étant passé, j’en ai profité pour monter les captations réalisées au studio.
Voici donc une nouvelle session : CHANSON VIDE, avec Stéphane Letot aux percussions et Emma Duret à la trompette.
Je l’ai publiée récemment sur les réseaux sociaux et quelqu’un m’a écrit ceci à propos du texte :
« Bien mais pourquoi insister sur les rimes même si ça veut rien dire ? mais oui, bien »
J’ai trouvé la remarque intéressante, parce qu’elle touche assez précisément à ce que j’aime dans une chanson.
Je lui ai répondu :
« Mais ça veut bien dire quelque chose 🙂. Il ne faut simplement pas chercher trop loin. Se laisser porter par le son plus que par le sens. Le premier couplet est vraiment à prendre au premier degré : j’étais sur mon piano, j’avais cette mélodie et rien à raconter. Puis, peu à peu, c’est la musique qui m’a emmené vers des images. J’étais seul chez moi, en novembre, dans la pénombre. Et après, on tire sur le fil de l’histoire. »
Je n’aime pas beaucoup lorsqu’une chanson me dit exactement ce que je dois comprendre ou penser. S’il reste des zones brumeuses, tant mieux.
C’est ce que j’aime chez Murat ou Bashung, mais aussi chez Voulzy. Je pense par exemple à Belle-Île-en-Mer, que je fredonne depuis que je suis gamin. Il m’a fallu longtemps avant de comprendre à quel point le texte parlait aussi du racisme et du sentiment d’être étranger.
Même chez un auteur beaucoup plus « réaliste » comme Vincent Delerm, ce qui me plaît, c’est lorsqu’il évoque des rues, des cafés ou des lieux parisiens que je ne connais pas mais que ses mots et sa musique me permettent d’imaginer.
Comment Chanson vide s’est écrite ?
J’ai commencé cette chanson au piano, avant de l’adapter à la guitare, comme cela m’arrive souvent depuis mes deux derniers albums.
La raison est d’ailleurs extrêmement prosaïque : il y a un piano dans le living. Les guitares, elles, sont rangées au studio.
Presque en écriture automatique, ces quatre premières phrases sont venues avec la mélodie :
C’est une chanson vide,
Peut-être un peu un bide.
Une chanson sans style
Écrite à face ou pile.
Inutile d’y chercher du second degré : je trouvais simplement ma musique assez naze et sans grand intérêt.
Mais il y avait quelque chose d’obsédant dans cette mélodie.
Elle me faisait penser à ces chansons à répondre québécoises, ou au répertoire traditionnel que j’ai longtemps joué : quelques notes, un rythme, une répétition… et cela finit par vous rester dans la tête.
Je pensais aussi beaucoup à Soul Cake, chanson traditionnelle reprise par Sting sur son magnifique album de Noël. J’aimais son côté répétitif, presque hypnotique, et surtout cette descente de basse sur le couplet où il répète quand même 3 fois Soul Cake :
A soul cake, a soul cake
Please, good missus, a soul cake
An apple, a pear, a plum or a cherry
Any good thing to make us all merry
J’ai donc ralenti le tempo pour qu’il épouse le débit de mes mots.
Puis les éléments sont arrivés les uns après les autres : une guitare électrique, de la basse, des toms, une grosse caisse électronique, quelques nappes de synthé et même un sample de balalaïka joué au clavier.
Comme j’ai aussi joué des andros pendant une quinzaine d’années dans un groupe de trad-rock, j’avais envie d’écrire pour Emma un petit thème de trompette construit dans cet esprit-là.
Dans Logic Pro, j’avais également un sample de chanteuses éthiopiennes. J’ai accordé leurs voix à la tonalité du morceau et assigné chacune de leurs notes à une touche de mon clavier MIDI.
Voilà donc les ingrédients de départ :
un thème au piano, quatre phrases, une chanson de Sting, quelques souvenirs de musique traditionnelle et l’envie de faire jouer un andro à Emma.
Pas vraiment de scénario. Et pourtant, peu à peu, la musique dicte son histoire, comme si elle faisait remonter quelque chose du passé.
À force de jouer la chanson au piano ou à la guitare, un soir de novembre, seul à la maison, j’ai continué le texte. Le personnage s’est retrouvé lui aussi seul, dans une ambiance un peu nocturne, à attendre quelqu’un.
Puis cette phrase est arrivée :
C’est trois mots sans solfège
Que me répète la rengaine
Chantons en chœur la veine
À la donzelle de l’Ariège
Pourquoi l’Ariège ?
Pas de raison très sérieuse.
Dans mon imaginaire de Belge, ce coin du sud de la France évoquait quelque chose de lointain, montagneux, presque exotique. Et j’avais terminé le texte peu après des vacances dans les Alpes. Ce n’est d’ailleurs probablement pas un hasard si deux chansons de l’album Fancy Fair placent leur histoire dans la montagne : celle-ci et La fille du milieu.
C’est souvent comme cela que j’écris : je réfléchis assez peu au départ.
La musique arrive, puis un son appelle un mot, un mot appelle une image, une image en appelle une autre. On tire sur le fil et, à la fin, une histoire existe.
Finalement, cette Chanson vide s’est donc remplie toute seule. De sons, de paysages, de souvenirs et d’un personnage que je n’avais absolument pas prévu.
Et bien plus tard est venu le clip que vous connaissez peut-être encore, réalisé à partir des images tournées au lac Baïkal par le jeune réalisateur russe Yaroslav Shuraev. En pleine guerre, il lui avait fallu des mois pour me répondre, mais il m’avait finalement autorisé à utiliser ses images, que j’avais montées sur la chanson.
Et aujourd’hui, la chanson continue encore sa vie sous une autre forme.
Voici donc la nouvelle version de CHANSON VIDE, telle que nous la jouons en trio avec Emma Duret et Stéphane Letot.Ces nouvelles versions devraient bientôt être réunies sur un petit EP. Reste à voir si nous en ferons un objet physique… ou s’il vivra simplement en numérique
👉 Cliquez sur la photo pour regarder la session.

Si tu connais quelqu’un susceptible d’être intéressé par ces histoires autour de la création, n’hésite pas à partager!
Bonne journée!
Guillaume
Ta chanson m’offre l’ambiguïté, le questionnement, l’inachevé qui me permettent d’y trouver ma place et y ajouter ma propre créativité. C’est mon regard de l’instant, ni définitif, ni finalisé. En l’écoutant, il y a aussi les sons des percussions et de la trompette qui confortent mon plaisir.
Merci pour ces moments.
Ta chanson m’offre l’ambiguïté, le questionnement, l’inachevé qui me permettent d’y trouver ma place et y ajouter ma propre créativité. C’est mon regard de l’instant, ni définitif, ni finalisé. En l’écoutant, il y a aussi les sons des percussions et de la trompette qui confortent mon plaisir.
Merci pour ces moments.